30/08/2006

B.O. "Leonard Cohen I'm Your Man"

(Verve/Universal)
B.O. Tribute

"I'm Your Man" est le titre d'un documentaire réalisé sur Leonard Cohen en 2004. Il devrait arriver prochainement en France, quant à la B.O., elle vient de nous arriver pour notre plus grand bonheur. Il faut dire que cela ressemble fort à un tribute, et ça se bouscule au portillon : Martha et Rufus Wainwright, Antony, Nick Cave, Jarvis Cocker et j'en passe. Tout ce beau monde a enregistré les reprises en live avec le même groupe. Ce dernier est excellent en back band, les cuivres sont d'une rondeur exquise, la section rythmique impeccable, ça balance sérieux. Du coup, les chansons du grand maître prennent un coup de jeune, tout en restant fidèles à l'esprit original. Evidemment, il est difficile de faire un choix vu la qualité de la prestation des artistes, certains néanmoins ressortent du lot. Nick Cave, héritier naturel de Cohen, nous livre une interprétation trés cabaret décadent du titre "I'm Your Man", accompagné d'un contrebassiste magistral. Rufus Wainwright, tout en douceur et en subtilité, sur "Chelsea Hotel N°2", prouve qu'il est un des plus grand interprète actuel. La palme revient à The Handsome Family qui égale le maître avec la reprise de "Famous Blue Raincoat", cette voix de baryton fait merveille et pourrait faire un carton s'il sortait en single. Seule petite faute de goût: le duo Cohen-Bono, qui dénote du fait de ne pas avoir été enregistré dans les mêmes conditions, nuisant donc à l'homogénéité du reste des interprétations. En tous cas, pour ceux qui voudraient s'initier aux chansons du grand manitou Cohen, c'est plus qu'un excellent début; pour les fans, le disque doit déjà être dans votre discothèque.
Note: 7/10

Alex

18:35 Écrit par Melancholia dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

The Veils "Nux Vomica"

(Rough Trade/Pias)
Pop-Rock Ecorché

The Veils, en 2004, s'étaient révélés à travers un surprenant premier album d'une beauté noire, avec en point d'orgue la ballade meurtrière "Lavinia". Deux ans plus tard, Finn Andrews, tête pensante et chanteur du groupe, a recruté de nouveaux musiciens pour le périlleux exercice du deuxième opus. "Nux Vomica" (sic) dévoile un Finn Andrews à la voix encore plus écorchée vive, plus émotive. Dès "Not Yet", rock démoniaque où Andrews chante comme s'il allait mourir demain, The Veils nous rassurent, ils ne sont pas tombés dans le piège du formatage FM. La noirceur n'a pas non plus quitté ces musiciens, au contraire, elle est plus insidieuse, elle se révèle un peu plus à chaque écoute et vous contamine davantage de jour en jour. Trés autobiographiques, ces nouvelles chansons sont remplies de la peine d'Andrews qui chante comme un véritable démon des Carpates tout au long des dix titres. La production, plus travaillée que sur "The Runnaway Found", met plus en avant le rasoir qu'est la voix d'Andrews. Elle vous lacère le coeur sur le bluesy "Jesus For The Jugular", vous ouvre les veines sur la mélancolie assassine de "House Where We All Live". Un exercice donc presque parfait si on fait exception des deux tentatives pop de l'album beaucoup plus conventionnelles ("Calliope!" et "Advice For Young Mothers To Be"). Il est clair que l'avenir de The Veils est prometteur, même si la voix d'Andrews provoquera obligatoirement des réactions excessives : ou on l'aime ou on la déteste, il n'y aura pas de juste milieu. Pour ma part, le choix est déjà fait!
Note: 7/10

Alex

17:32 Écrit par Melancholia dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Ali Farka Toure "Savane"

(World Circuit)
Blues malien en deuil

Un grand de plus s'en est allé, nous laissant un album testamentaire d'une pureté absolue. Ali Farka Toure s'était révélé au grand public avec un des plus beaux albums de 2005 "In The Heart Of The Moon", accompagné alors du plus grand joueur de kora: Toumani Diabate. Ils avaient permis au public occidental de se familiariser un peu plus avec la musique mandingue (empire mythique qui aurait englobé le Mali et le Burkina-Faso). Avec "Savane", Toure nous livre un album solaire où la musique rayonne d'une aura mystique, comme la chanson "Beto", danse traditionnelle vaudoue du Niger. La politique, la corruption, la pauvreté, le racisme et l'amour, tous ces thèmes sont présents dans "Savane". La musique de Toure est un savant mélange de blues occidental et de musique mandingue où l'on sent en permanence la présence des griots (sorciers madingues). Spirituel, engagé, passionné, Toure était tout cela à la fois et "Savane" en est le parfait témoignage. Cet album est un pont fantastique entre la musique occidentale et malienne, le mélange des guitares électriques avec les ngonis ou autres calabashs en est le parfait exemple. La douceur des compositions, des orchestrations et des choeurs est faussement joyeuse. Derrière cette gaieté apparente, se cache la souffrance de tout un peuple et d'un homme qui s'est battu toute sa vie. Envoûtante et enivrante, mais toujours les pieds ancrés dans la terre rougeoyante, telle est la musique de Ali Farka Toure. "Savane" est un grand disque et son auteur était un grand monsieur.
Note: 9/10

Alex

17:11 Écrit par Melancholia dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Johnny Cash "American V : A Hundred Highways"

(American / Island / Universal)
Country Terreuse

Parler maintenant de Johnny Cash, c'est obligatoirement faire preuve de redondance, tout a été dit, filmé, écrit. Nous reste un album post-mortem, dont l'on peut encore parler, du moins essayer, tant la musique de Cash est au-dessus des mots. Il nous le prouve encore une fois avec sans doute le meilleur opus de la série des American Recordings, produits par Rick Rubin, que l'on ne remerciera jamais assez pour avoir sorti Johnny Cash de sa pseudo-retraite. Pour son dernier disque, Cash est revenu aux fondamentaux, aux chansons qui sentent bon la terre poisseuse du Mississipi "God's gonna cut you down", au blues vénéneux de l'Alabama "Like The 309". Tous ces titres sont des diamants bruts qui n'ont pas besoin d'être taillés, tout comme la voix de Johnny Cash qui, on le sent, use ses dernières cartouches pour nous cribler une dernière fois de frissons qui feront saigner votre âme jusqu'aux larmes. Le pouvoir émotionnel de chansons, comme "If You Could Read My Mind" ou encore "Further On Up The Road", terrifient par leur efficacité. L'homme en noir nous a quitté, mais ses chansons resteront éternelles.
Note: 9,5/10

Alex

16:51 Écrit par Melancholia dans Musique | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

29/08/2006

Nina Nastasia "On Leaving"

(Fat Cat Records/Pias)
Folk
Protégée de feu John Peel, auteur des albums-cultes "Dogs" et "The Blackened Air", Nina Nastasia fait figure de marraine de la scène folk actuelle.
Aujourd'hui sort "On Leaving", nouveau recueil rempli de grâce et de rage rentrée, piano-voix, aux textes assassins... Passionnante, Nina Nastasia nous raconte des vies inventées, lignes brisées de personnages aux félures bien réélles. Ou peut-être nous parle-t'elle de ses propres échecs ?
Ce disque soulève donc une nouvelle parcelle de son talent de songwriting, et surtout la révèle en tant que mélodiste: des morceaux comme "Why Don't You Stay Home", "Lee", impressionnantes de maîtrise, ou la meilleur chanson du disque "Counting Up Your Bones", le genre de titre que n'importe quel musicien rêverait d'écrire.
Si des filles lisent cette chronique : offrez ce disque à votre petit copain. Il sera plus gentil, aura le poil plus doux et soyeux, et surtout il se pourrait qu'il arrête de regarder les matchs de foot pour se mettre à la guitare et vous jouer des ballades enflammées sur la plage lors de vos soirées d'été. Un disque d'utilité publique, donc.
Note: 8/10

Mark

03:27 Écrit par Melancholia dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Cyann & Ben "Sweet Beliefs"

(Ever Records/Gooom/Locust)
Pop/Folk
Après leur premier album automnal et essentiel de 2004, on trépignait d'impatience en attendant ce nouvel LP, surtout après avoir entendu leur morceau figurant sur la compilation du label Waterhouse.
Cyann & Ben ouvrent sur l'apocalyptique et très Radiohead "Words", avec une descente d'accords aussi complexe qu'évidente: le genre de chanson qui nécessite l'achat d'un disque. Bonne nouvelle, Cyann a enfin appris à chanter, ce qui n'était pas évident dans l'album précédent. Elle nous ensorcèle donc sur la tellurique chanson-titre et nous transforme en glace sur "Recurring" (la plus forte chanson de l'album), pour mieux nous faire fondre avec "Somewhere In The Light Of Time" ou "In Union With"... Les compositions, magiques et magistrales, aux arpèges cotonneux et aux orgues angéliques nous portent dans l'oeil d'un cyclone savamment bricolé par ce groupe génial.
Je ne croyais pas vraiment aux super-pouvoirs avant d'écouter "Sweet Beliefs", mais Cyann & Ben peuvent en quelques minutes créer des ouragans, des nuages, et faire pousser les arbres. Puis tout détruire, rien que pour la beauté du geste...
Note: 8,5/10

Mark

03:00 Écrit par Melancholia dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Akron/Family "Meek Warrior"

(Young God Records)
Post-Folk
Nouvel album de la Family de Michael Gira, impeccable boss de Young God Records, l'un de nos labels favoris. Alors, quoi de neuf docteur ?
Et bien le diagnostic est très encourageant: malgré une folie toujours aussi contagieuse ("Blessing Force", morceau de 10 minutes, complètement à l'ouest), Akron/Family est sur la voie de la guérison. "Love And Space", magnifique hymne gospel, nous transporte dans une chapelle d'une autre planête, et surtout rassure: on peut encore, en 2006, sortir un disque aux chansons follement belles mais venant droit du coeur. On retrouve dans "Gone Beyond" ou "No Space In This Realm" les bonnes vieilles habitudes schizophrènes d'Akron/Family, avec ces alternances de douceur et d'envolées énervées mais jamais énervantes... Et la palme revient cette fois-ci à "Lightning Bolt Of Compassion", immense berceuse folk, qui donne plus envie de pleurer que de dormir.
Pour ce nouvel album de haute volée, Akron/Family reste fidèle à sa réputation de groupe culte et cultivé: incontournable.
Note: 8/10

Mark

02:16 Écrit par Melancholia dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |